Une semaine après la conclusion dramatique de la phase de groupes du LEC Versus, la tension retombe à peine. L'élimination de Los Ratones le dimanche 8 février, consécutive notamment à la défaite de la Karmine Corp face à Team Heretics, a déclenché une tempête sur la toile. Dès le lendemain, Arthur Perticoz, co-CEO de la Karmine Corp, prenait la parole sur Twitch pour éteindre l'incendie, balayant les accusations de match arrangé et annonçant saisir Riot Games face au harcèlement subi.
Une mise au point ferme sur les accusations de triche
Pour une partie de la communauté et des fans de Los Ratones, le scénario semblait écrit d'avance : la Karmine Corp aurait volontairement perdu (win-trade) ou saboté sa phase de draft pour éliminer l'équipe de Caedrel, faussant ainsi la compétition. Une théorie qu'Arthur Perticoz a balayée avec véhémence le lundi 9 février, mêlant ironie et pragmatisme.
Lors de son live sur Twitch, il a rappelé l'absurdité d'une telle consigne au sein d'un club professionnel : « Les fantasmes de win-trade, c'est littéralement du fantasme. Ça n'a ni queue ni tête. Il aurait fallu que Kamel appelle Reapered, un coach dont on ne peut pas nier le professionnalisme, ou Caliste dont le seul objectif est de gagner, pour leur dire de perdre ? S'il vous plaît, reconnectons les neurones. » Arthur Perticoz assume toutefois la piètre performance de l'équipe ce soir-là, évoquant des tests de compositions peu concluants : « On s'est fait tarter et on a été à chier. C'est la vie. »
Mais l'argument le plus massue est sans doute économique. Arthur souligne qu'il était dans l'intérêt direct de la Karmine Corp que Los Ratones se qualifie : « Il aurait été dans l'intérêt business que LR se qualifie parce que ça aurait fait augmenter le nombre de viewers, ce qui aurait été indirectement très intéressant pour la Karmine. Ça n'a aucun sens. » Il renvoie également Los Ratones à leurs propres responsabilités sportives, rappelant que leur élimination est multifactorielle : « Vous avez perdu contre la KCorp Blue, le dernier de la ligue, avec des joueurs de division 2... Et vous avez perdu contre Vitality alors que vous aviez 6k gold d'avance. »
Pour information, Caedrel a publié une vidéo le jeudi 12 février pour annoncer la fin du projet Los Ratones. Loin d'alimenter la polémique, le fondateur refuse d'attribuer cet échec à des facteurs externes. Il insiste sur l'entière responsabilité de son équipe concernant ce résultat final qui les a vus basculer d'une potentielle troisième place à l'élimination directe. Il détaille la situation cruelle de cette dernière journée : « Si nous gagnions le match contre Vitality, nous verrouillions la troisième place. Si nous perdions, nous finissions neuvièmes. » Il ajoute avec pragmatisme : « C'est le monde de la compétition. Les "si" n'existent pas vraiment. Nous sommes les seuls à blâmer. » Rejetant toute forme d'excuse liée au contexte ou à l'adversité, il déclare notamment : « Il n'y a pas d'excuses. Il n'y a pas de raison autre que le fait que nous avons laissé la balle nous échapper à la dernière seconde dans un match que nous aurions pu et dû gagner. »
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Harcèlement en ligne : la Karmine Corp saisit Riot Games
Au-delà des débats sur le jeu, c'est la violence de la réaction qui préoccupe la direction du club. Arthur Perticoz a révélé que les joueurs et le staff ont été inondés de messages privés (DM) d'une violence inouïe. Refusant de laisser passer, il a annoncé avoir constitué un dossier de preuves. « Ces débordements sont inacceptables. Cet email, il est dans ma to-do list aujourd'hui avec des screenshots concrets... Il va être à destination de Riot et il va dire : "Voici ce qu'il s'est passé. Que faisons-nous ?" »

Arthur Perticoz refuse catégoriquement que la Karmine Corp s'excuse ou publie un communiqué d'apaisement, estimant que ce n'est pas à la victime de gérer la crise. Il renvoie la balle dans le camp de Los Ratones et de Caedrel : « Le seul et unique communiqué qui devrait exister doit venir de Los Ratones. Je suis désolé. Un communiqué qui sépare les excès de leurs valeurs... C'est pragmatique. »
La fin du double standard sur la toxicité
Cette polémique a également été l'occasion pour Arthur de pointer du doigt une hypocrisie latente sur la scène européenne. Souvent critiquée pour la virulence de ses propres supporters, la Karmine Corp se retrouve aujourd'hui victime des mêmes maux venant d'une autre communauté, sans que l'indignation soit aussi forte.
Il appelle à une prise de conscience collective : « Je trouverais injuste qu'on critique chez les autres des choses qu'on déteste qu'on critique chez nous... On est victimes de ces généralités-là. C'est dommage d'appliquer les mêmes généralités aux autres que celles qu'on reproche chez ceux qui critiquent la Karmine. » Il refuse cependant de généraliser à l'ensemble des fans de Caedrel, tout en demandant à ce que les règles de bienséance s'appliquent à tous.
L'avenir de Caedrel en LEC : oui, mais pas à n'importe quel prix
Enfin, Arthur Perticoz s'est projeté sur l'avenir de la ligue. Malgré les tensions actuelles, il reconnaît l'apport indéniable de Caedrel et de son projet en termes de divertissement et d'audience. Il se dit favorable à son intégration pérenne en LEC, mais pose une condition sine qua non : l'équité financière. « L'arrivée in fine de Caedrel dans la LEC pourrait être une bonne chose... On gagnera plus et comme on est le meilleur club d'Europe, on va juste les tarter en boucle. Mais il faut que ce soit équilibré. Soit ils paient, soit ils fusionnent... mais ça ne peut pas être la porte ouverte. »
Il cite en exemple l'effort financier consenti par d'autres structures récentes comme Team Heretics ou Natus Vincere : « Imaginez NAVI, la folie furieuse, ils sont rentrés, ils ont payé... On ne peut pas leur dire deux semaines plus tard "Ah bah finalement on est 12 et c'est gratuit". Ce serait invraisemblable. » Arthur Perticoz conclut ainsi une mise au point musclée, appelant au calme et au retour du "fun", tout en traçant une ligne rouge claire : le harcèlement ne restera pas sans réponse institutionnelle.
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