Ancienne cheffe de projet à Disneyland Paris qui a aussi été à l'œuvre sur différents Grands Prix de F1, Lison Cerdan est désormais directrice de production indépendante et s'est imposée en quelques années comme un maillon essentiel de l'esport hexagonal. De l'intensité des KCX à la magie de l'Odyssée de Smash Bros au Cirque d'Hiver, elle orchestre les rouages invisibles mais cruciaux qui permettent aux compétitions d’exister. En cette fin d'année, la rédac' lui a posé quelques questions.

Un regard neuf et pragmatique sur un métier en pleine mutation

Passée en freelance en 2024 et faisant partie des 50 personnalités françaises qui feront l'esport en 2026, Lison Cerdan apporte un regard neuf et pragmatique sur un métier en pleine mutation, où la rigueur du dossier de prod rencontre l'imprévisibilité du direct.

Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, de ses premiers pas au Major Dota 2 jusqu’aux défis technologiques de demain, tout en partageant ses conseils pour la future génération de producteurs.

Comment as-tu fait tes premiers pas dans l'esport ?
Je suis la petite sœur d'un joueur de Counter-Strike non-professionnel qui participait à des LAN lorsque j’étais enfant. Étant aussi fille d'un directeur informatique, les jeux vidéo ont toujours fait partie de ma vie. Mon premier événement esport date de 2019 : j'étais alors chef de projet pour les événements live de Disneyland Paris. Une entreprise nommée Gozulting a proposé un projet qui devait se tenir trois mois plus tard : le Major Dota 2. Lors de cette collaboration, ils m’ont absolument tout appris sur l'esport et, en échange, je leur ai apporté mes connaissances en événementiel. Cette première en France a été game-changer pour Disneyland Paris, Gozulting et moi !

Quel est l'événement le plus fou sur lequel tu as travaillé depuis ton entrée dans l'esport ?
Il y a évidemment toutes les « premières fois » : le premier KCX, le premier UFA ou le premier Bercy. Mais je pense que notre plus belle réussite est l'Odyssée de Smash Bros au Cirque d'Hiver de Paris. C'est un lieu chargé d'histoire dans lequel l'esport a ajouté une dimension nouvelle grâce à la scénographie, la direction artistique et la réalisation. Ce fut un véritable travail d'équipe : faire sortir seize joueurs de la trappe des éléphants ou installer le desk du tournoi et de nouveaux décors en quelques secondes sous les yeux du public… C'est un des événements qui a eu le plus de sens pour moi.

Est-ce plus compliqué de gérer la production d'un tournoi qui se joue en 5vs5 par rapport à une compétition 1vs1 ?
Ce n'est pas plus compliqué, c'est simplement différent. En 5v5, on traite avec un club qui possède une identité et une stratégie propre. En 1v1, on gère deux individus qui ont une vie personnelle et des proches souvent présents sur place. Comme les motivations de chacun diffèrent, nous devons adapter nos briefs et la scénographie en fonction des profils. Si les plus grands événements que j'ai vécus étaient pour des équipes, les plus beaux restent les tournois 1v1, comme celui de Ghirlanda avec sa femme et son bébé au Tekken World Tour 2022 ou de l'histoire d'Arslan Ash dans la FGC.

Durant la préparation d'un événement, dans quelle partie es-tu la plus épanouie ?
Quand je dessine les scénographies ou que je crée les shows. Je laisse exprimer mes émotions, et tout ce qui m'a un jour touchée se matérialise sous mes yeux. La mise en scène est une science, et si on en maîtrise les formules, on se passionne à marquer le coeur de milliers de personnes simultanément. Mais j'adore aussi le moment où j'imprime mon dossier de production définitif. C'est l'aboutissement de tout le travail abattu pour parer à n'importe quelle éventualité le jour J. À ce stade, l'événement est parfaitement lisible : je pourrais me casser la jambe que tout tournerait quand même. Cela procure un sentiment de satisfaction qui me motive systématiquement pour tenir jusqu'à la fin des démontages.


Lison Cerdan a notamment officié chez Gozulting avec un certain Fred « Kaoru » Gau

Depuis que tu es devenue freelance en 2024, as-tu gagné en flexibilité ? Et en pression ?
J'ai énormément gagné en flexibilité, non pas sur la charge de travail, mais sur la mobilité. Je peux travailler aussi bien de chez moi dans le Sud qu'à Paris ou à l'étranger. Pouvoir allier vie personnelle et vie professionnelle diminue forcément la pression. J'ai trouvé un équilibre qui me convient parfaitement, même si cela exige une grande rigueur personnelle.

En tant qu'indépendante, comment choisis-tu tes projets ?
En tant que directrice de production indépendante, ma ressource principale est mon temps. J’ai appris à lui donner la valeur qui me semble juste. Chaque événement représente un volume horaire précis, donc c’est souvent le calendrier qui dicte mes choix. Je m'engage à accorder la même attention à chaque projet ; en accepter dix simultanément serait trop risqué. Je ne choisis pas en fonction du prestige de la marque, car j'estime qu'il y a des choses à apprendre de chaque opportunité.

Quel serait le piège à éviter absolument pour se lancer en freelance en 2026 ?
Le piège serait de vouloir être trop spécifique dès le départ. Ce qui m'a le plus appris dans mon parcours, c'est le terrain. Mon objectif a toujours été d'y passer un maximum de temps pour gravir les échelons. J'ai fait de l'accueil, du service traiteur ou même de la création de sites internet pour des prestations artistiques. Toutes ces expériences m'ont menée quelque part. Il est crucial d'acquérir un maximum d'expériences diversifiées au début.

À tes yeux, quel rôle jouera l'intelligence artificielle dans la production d'événements ?
Depuis mes débuts, j'ai rarement trouvé des outils technologiques parfaitement adaptés à mon métier, donc je suis très favorable à tout progrès dans ce domaine. L'IA aura une fonction organisationnelle indéniable, mais j'espère surtout qu'elle permettra d'encadrer les pratiques. Beaucoup de gens organisent aujourd'hui des événements grand public sans en connaître les lois ; l'IA pourrait devenir un support précieux pour mieux former les producteurs.

As-tu un gros projet en préparation pour 2026 ?
J'ai bien l'intention de faire partie de la scène esport en 2026, mais pas uniquement. L'année s'annonce très enrichissante. Je dédie ma vie à un nouveau projet professionnel depuis des mois, voire des années, et il me tarde vraiment de pouvoir vous le présenter. Suite au prochain épisode !