Le parcours de G2 Esports au First Stand 2026 s'est achevé en finale face à Bilibili Gaming. Malgré la défaite, le manager de l'équipe, Romain Bigeard, a répondu aux questions de la chaîne OTP. Arborant un body paint spectaculaire aux couleurs du Brésil et de l'Europe, il a livré une analyse sur la différence de niveau entre la Chine et la Corée, l'importance cruciale de la préparation logistique pour les joueurs professionnels, et la fierté d'avoir redonné espoir à tout un continent.
BLG, une bête bien plus féroce que Gen.G
Tombeurs des grands favoris sud-coréens (Gen.G) la veille, les Européens se sont cette fois heurtés à un mur. Interrogé sur la différence de style entre les deux mastodontes asiatiques, le manager a souligné la violence de BLG et leur préparation redoutable lors des drafts, révélant au passage une anecdote frustrante liée aux conditions de scène.
Il explique : « D'après nos analyses, les Coréens de manière un peu plus globale ont une approche plutôt standard du jeu. C'est quelque chose que l'on gère bien et qui fait plutôt partie de nos forces. BLG, en revanche, est beaucoup plus agressif, un petit peu plus violent, et ils nous ont chicanés beaucoup plus fort en jeu. Ils ont aussi très bien draft. Quand on est derrière, on a un petit délai d'environ trois secondes dans l'audio entre l'image et ce qui arrive. Il y a eu deux ou trois moments où on se disait : "On va faire ça, on va pouvoir pick ça", et dans ce laps de temps, soit ils pickaient, soit ils bannissaient exactement ce qu'on préparait. Sauf que nous, derrière, on est impuissants. Honnêtement, je trouve qu'on s'est bien battus pendant les mid games, on a trouvé des opportunités, mais c'était tellement plus dur que contre Gen.G ! »
Le rituel d'après-match : le fameux « End of the day meeting »
Après une défaite aussi lourde en finale, la gestion humaine est primordiale. Questionné sur ce qu'il comptait dire à ses joueurs en redescendant de scène, Romain Bigeard a dévoilé le processus très strict mis en place par le staff pour débriefer les rencontres, qu'elles soient victorieuses ou non.
Il confie : « Là, je ne vais rien leur dire. Je vais les laisser mariner dans leur tristesse pendant encore vingt minutes, une heure. Puis après, on va faire le fameux meeting de fin de journée qu'on fait après chaque match officiel. On est tous dans la pièce et chacun parle à son tour, dans un ordre très défini. C'est un processus bien rodé : les joueurs d'abord, puis le staff ensuite, histoire que les avis du staff n'impactent pas trop la pureté des opinions à chaud des joueurs. Quand c'est le dernier match du tournoi et que tu as gagné, ce meeting est très cool. En général, on le fait dans des endroits complètement ridicules, on a déjà fait ça au Burger Meister ou au McDo, parce qu'on est très détente. Quand tu as perdu, c'est un peu plus triste, bien sûr. Et donc là, il va être un peu plus triste. »
La recette secrète : vaincre le décalage horaire et l'imprévu
L'explosion au plus haut niveau de jeunes joueurs comme SkewMond ou Labrov n'est pas le fruit du hasard. Romain Bigeard a longuement détaillé l'importance de l'encadrement (sommeil, nutrition, gestion du stress) pour performer dans des conditions de tournoi souvent hostiles. Un domaine où, selon lui, les équipes coréennes ont pêché lors de ce First Stand organisé au Brésil.
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Il détaille cette philosophie de la performance : « C'est vraiment un tournoi où notre préparation, l'attention qu'on porte à la vie au quotidien, au bien-être, à l'attitude, à la capacité à reset, au sommeil et à la nourriture, nous a vraiment permis d'être meilleurs. C'était un tournoi particulier pour les équipes asiatiques : il y a 12 heures de décalage horaire, on est dans l'hémisphère sud, le voyage dure plus de 25 heures... Je pense qu'ils étaient fatigués et qu'ils n'ont pas su s'adapter. Ce qui est très paradoxal avec League of Legends, c'est que tu as des joueurs neurodivergents qui sont entraînés et qui aiment quand tout est contrôlé, toujours la même chose à la maison. Mais les parties qui comptent le plus, elles vont se jouer sur scène, à l'autre bout de la planète, dans des conditions parfois très compliquées. Ta finale des Worlds, ça implique de se lever deux heures plus tôt pour une répétition, avec Linkin Park qui joue à côté de toi, alors que tu es peut-être malade. Je pense qu'on est forts pour anticiper ces conditions. Les équipes coréennes ont fait un moins bon travail là-dessus, ce qui nous a permis d'être meilleurs qu'eux. Pas assez pour les Chinois, malheureusement. »
Un body paint en speedrun dans les rues de São Paulo
Fidèle à sa réputation, Romain s'est présenté sur scène torse nu, recouvert d'un body paint impressionnant. Une logistique qu'il n'avait pourtant pas du tout anticipée, persuadé que le match de la veille face à Gen.G serait une montagne trop haute à gravir.

Il raconte cette course contre la montre hilarante : « Je ne vais pas dire que je m'attendais à ce qu'on batte Gen.G, donc j'avoue que je n'avais pas prévu le body paint. Sauf qu'on finit la partie à 16h, et comme on jouait très tôt pour la finale, la navette pour l'arène était à 7h30 ce matin. Pour caser mes cinq heures de body paint, il fallait démarrer à 2h du matin. J'avais donc quatre heures pour trouver un artiste à São Paulo, négocier le deal, et le convaincre que ce n'était pas une arnaque de lui dire : "Bonjour, tu veux venir dans ma chambre d'hôtel avec de la peinture dans trois heures ?". J'ai dû parler à neuf artistes. C'est la ville du carnaval, toute la ville se peinturlure tout le temps, ils bossaient tous ! Le mec a fini par se pointer à 2h du matin, ils m'ont peinturluré, et maintenant je vais pouvoir aller passer plus de temps dans la douche que sur scène. »
Un bilan historique et une union européenne
Au moment de conclure, le manager français a tenu à relativiser la défaite et à célébrer l'union sacrée des fans du LEC autour de G2, tout en glissant un petit tacle taquin en direction des Coréens éliminés la veille.
Il conclut avec passion : « On n'a pas à rougir. On a pris six games à la Corée, une game à la Chine, en l'espace de deux jours et demi, et on ne les a pas volées. On va rentrer à la maison, on va s'entraîner, et on va avoir le cœur plein de haine et de revanche pour revenir encore plus forts. [...] Je remercie de manière globale tous les fans, ceux de G2 et les autres. On a beau tous se détester pendant la saison, ça fait toujours plaisir. L'année dernière, j'étais complètement derrière la Karmine Corp quand ils étaient en finale, et j'ose espérer qu'il y a des fans de Fnatic, KC ou SK qui étaient derrière nous aujourd'hui. Il y a 72 heures, c'était la fin, on était tous nuls à chier, on allait tous mourir. Finalement, on peut les battre, et on l'a fait avec panache. [...] Et pour Gen.G, la violence du trauma... Je pense que la plupart d'entre eux ne savaient même pas comment s'appelaient SkewMond ou Labrov. Le retour à la maison a dû être terrible. »
Avant de quitter l'antenne, il adresse un dernier message enthousiaste : « Allez jouer à League of Legends ! Les jeunes, les vieux, les petits, les grands... On a besoin de plus de joueurs pour créer le nouveau Caps, le nouveau SkewMond, le nouveau Labrov, le nouveau BB, le nouveau Dylan. Venez jouer à notre jeu, il est bien, c'est sympa, ça va être chouette. Il y a des émotions, on s'amuse. Regardez, les mecs qui sont en train de vous parler sont payés pour faire ce qu'ils sont en train de faire. C'est quand même bien l'esport, on a de la chance ! »