Malgré une défaite acharnée (3-2) face à G2 Esports en grande finale du LEC Spring Split 2026, la Karmine Corp a validé son billet pour le Mid-Season Invitational en tant que deuxième représentant européen. À l'issue de la rencontre, l'entraîneur en chef Reapered s'est entretenu avec Hotspawn. Il a livré son analyse sur les failles de son équipe, est revenu sur la surprenante draft de la dernière manche, et s'est confié sur les origines de sa vocation de coach.
L'expérience de G2 et le casse-tête Nasus
Si la Karmine Corp a poussé les nonuples champions d'Europe dans leurs retranchements, Reapered reconnaît que ses joueurs ont parfois péché par précipitation. Une nervosité punie cash par l'expérience adverse : « Il y a encore beaucoup d'améliorations à apporter selon moi. Nous avons pris deux manches, mais l'une des choses qui m'a marqué, c'est que lorsque nous étions en train de perdre, nous nous sommes trop précipités et l'effet boule de neige a été très violent. Nous essayions évidemment de réduire l'écart et d'améliorer notre early game, mais au final, dans nos défaites, nous avons juste explosé et c'était très dur. J'ai l'impression que lorsque nous avons une draft correcte et de bons teamfights, nous faisons jeu égal avec eux. Mais dès qu'ils ont un léger avantage, ils l'exploitent beaucoup plus efficacement que nous. Cela signifie aussi que nous avons pris de mauvaises décisions en cours de partie concernant les objectifs à contester. »
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Cette finale s'est notamment jouée sur une cinquième manche marquée par le choix totalement inattendu de Nasus pour le jungler de G2. Au micro du média Hotspawn, Reapered explique comment son staff a tenté de contrer cette stratégie, tout en admettant quelques doutes sur l'exécution : « Nous savions que c'était possible et nous avions parlé de Nasus pendant la draft. Nous nous sommes dit que s'ils prenaient Nasus, nous allions devoir accélérer en early game car il est impossible de rivaliser avec son scaling en late game. Nous avions une composition très forte en début de partie et nos joueurs sont agressifs, le plan était d'obtenir la priorité sur les lignes et d'envahir, mais cela n'a pas fonctionné. Rétrospectivement, quand j'ai vu notre duo Nidalee et Aatrox, je me suis dit que Nidalee jungle aurait peut-être été un meilleur choix pour mettre plus de pression sur Nasus, vu que ce n'est pas un champion d'early game. Nous avons envisagé plein d'options, comme Poppy top ou support, car elle a un impact énorme sur la carte en début de partie et Aatrox est un jungler assez rapide. Nous voulions accumuler les premiers objectifs neutres pour compenser leurs teamfights difficiles à négocier, mais ce n'est pas ce qui s'est passé. »
Retour aux sources pour le MSI
En se qualifiant pour le MSI organisé en Corée du Sud, Reapered va retrouver sa terre natale. Un voyage qui l'enthousiasme davantage pour l'enjeu sportif que pour la destination en elle-même, tout en gardant un œil avisé sur les forces en présence de la LCK : « Je vais souvent en Corée du Sud donc ce n'est pas un sentiment si spécial pour moi d'y retourner. En revanche, c'est très spécial de s'être qualifié pour le MSI et l'EWC, car les tournois internationaux sont très importants. L'objectif est de s'améliorer lors de ce tournoi pour y être performants. Nous allons affronter beaucoup d'équipes de très haut niveau, et je veux que mes joueurs accumulent énormément d'expérience pour que nous soyons encore meilleurs la prochaine saison. C'est très difficile de faire des pronostics pour la LCK, ce sont toutes des équipes très fortes comme Gen.G, T1 ou HLE. Je dirais T1 pour le premier seed, et peut-être Gen.G pour le deuxième. Nous allons tout donner au MSI pour apprendre et emmagasiner de l'expérience sur scène. Nous avons mérité notre place, alors pourquoi ne pas aller en chercher une autre pendant le tournoi ? »

La naissance d'une vocation née d'un regret
Interrogé sur son parcours atypique, lui qui a raccroché les crampons très tôt pour devenir coach dès l'âge de 23 ans chez EDG, le technicien sud-coréen s'est livré à une introspection touchante. Il révèle que son choix de carrière a été dicté par un profond sentiment d'inachevé en tant que joueur : « À l'époque, j'ai remporté la toute première saison de la LCK dès mes débuts. Du coup, je manquais un peu de motivation. Depuis le collège, à chaque fois que je jouais à un jeu, j'atteignais presque toujours la première place, puis je finissais par m'ennuyer et je passais à autre chose. C'était un peu la même histoire sur League of Legends. Sauf qu'à l'époque, il n'y avait pas de coachs. J'étais jeune, il n'y avait personne pour me guider ou m'apprendre ce qu'était vraiment le quotidien d'un joueur professionnel, comment réagir ou comment communiquer avec ses coéquipiers. C'était un choix très naturel d'arrêter, d'autant que financièrement ce n'était pas très rentable. Je gagnais plus d'argent une fois à la retraite en faisant du stream et de la diffusion. Mais deux ans plus tard, je me suis remis en question. Je me suis dit que si quelqu'un m'avait guidé ou éduqué quand j'étais joueur, je serais peut-être encore en train de jouer. J'aurais pu construire de meilleures habitudes, de meilleures routines, et devenir une meilleure version de moi-même. C'est un énorme regret que j'ai gardé. Comme je continuais de jouer au jeu malgré ma retraite, j'ai décidé d'essayer de devenir le coach que j'aurais aimé avoir. C'est comme ça que tout a commencé. »
Enfin, invité à partager une opinion à contre-courant (hot take) pour clore l'entrevue, Reapered n'a pas manqué d'humour concernant une autre structure française du LEC, passée totalement à côté de son segment printanier : « Dans un univers parallèle, si les choses s'étaient passées différemment, Team Vitality serait peut-être dans le top 2 de la ligue. »
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