Championship Gaming Series, CGS. Trois lettres qui commenceront par nous faire douter mais qui finiront inévitablement par nous fatiguer. Mi-Janvier 2007, un MP3 s’échappe sur la toile et retombe dans les mains de la communauté qui se scinde. A l’époque, Counter-Strike aux States rimait avec fRoD et method, coL et 3D en tête de gondole. Tout fut pourtant balayé en un instant : une chaîne américaine du cable pose une malette pleine de dollars sur la table et déclare investir dans l’esport. Ni une ni deux, Jason Lake et ses comparses n’hésiteront pas plus de quelques jours avant de s’engager corps et âme dans cette nouvelle aventure promettant monts et merveilles à tout le monde.

Le concept : six franchises américaines, six General Managers, quatre jeux, une saison, un vainqueur. Le tout sera rentransmis sur DirecTV. S’ajouteront plus tard des franchises sur d’autres zones géographiques et des finales mondiales inter-franchises et inter-jeux. Sur le papier tout collait avec des joueurs parmi l’élite, un show télévisé, des salaires et un vrai suivi médiatique via les franchises elles-mêmes ou sur les sites spécialisés. Mais s’ajouteront à ça des digressions aux valeurs portées par la communauté avec notamment un choix de jeux plus que discutable (CS:Source préféré à CS 1.6, pas de jeux de stratégie) ainsi que des règles in-game en décallage avec les jeux eux-mêmes qui furent justifiées par un besoin de rendre le tout plus "télévisuel", plus "rapide".


Les CGS, c’était carrément la fête (fragbite.com)

Malgré ces entorses aux bonnes vieilles habitudes du milieu, la première saison est un succès en surface. Un suivi régulier sur les sites spécialisés, un show à l’américaine qui plait à pas mal de monde et finalement quelques bonnes parties font penser que tout va bien dans le meilleur des mondes. Encore mieux, c’est une franchise américaine qui remporte les premières finales mondiales. 

Bien évidemment des problèmes feront surface. Tout d’abord, la communauté CS:S européenne commence à douter du bien-fondé de ces fameuses franchises qui piochent à droite à gauche dans les équipes lors des fameuses "draft". Vient ensuite le cas "aZn" qui se fera dans un premier temps amputé d’une part de son salaire pour avoir joué un tournoi CS 1.6 dans un cybercafé avec ses amis. Puis tout simplement évincé de sa franchise par la suite. S’ajoutent finalement quelques petits aléas backstage comme la célèbre vidéo d’HeatoN jouant la comédie pour la télévision qui renforcent le côté déjà très superficiel du show. Comment ça que du bidon?


T’en fais pas Emil, beaucoup y ont cru. (fragbite.com)

Mai 2008, la seconde saison du show des CGS est annoncée. Une nouvelle draft est lancée en Amérique du Nord qui coûtera la place à un certain shaGuar, qu’on ne reverra plus. La compétition peut reprendre, les premiers matchs sont lancés presque en secret. Les finales US et finales mondiales se seront elles aussi pratiquement déroulées sous silence. Mais il y a pire encore : ce sont les britanniques qui remportent le titre.

La sous-exposition de cette seconde saison laisse évidemment un goût amer aux quelques fans de la première heure qui y croient toujours (Yes we can ?). L’arrivée de WoW comme tournoi annexe aux différents évènements n’y changera rien. Que nous réservera la saison 3 ?

Finalement rien, un changement de CEO plus tard les CGS annoncent une bonne fois pour toute la fin de leurs activités pour cause de "plus de tune". Le plus drôle étant bien évidemment la raison très américaine évoquée pour justifier la mort de leur concept:

"An idea whose time came too early"
"Une idée en avance sur son temps"

Naturellement, ce n’est pas leur concept qui est à remettre en cause mais bien la conjoncture. Malgré ce petit rictus, l’heure est apparement à la célébration puisque tous les joueurs de Counter-Strike se réjouissent de la mort de l’organisation que ce soit sur SK-Gaming.com ou Gotfrag.com. Sourceux aussi bien que CSers se félicitent. D’un côté la draft cesse enfin de décapiter les meilleures équipes, tandis que de l’autre c’est le probable retour des équipes américaines et la fin de la célèbre chansonnette "Source va remplacer 1.6" qui commencait à en lasser plus d’un.

Que conclure de cette expérience?
Imposer de force son modèle dans une communauté établie n’est pas payant. Pire, ça rend pauvre. L’esport a peu de chances de se démocratiser via la télévision. Megan "Belle" Ceder entre dans le livre des records comme "joueuse la mieux payée en ayant perdu le plus de matchs" et Jason Lake a bien fait de se consacrer à la paternité.


Lien : TheCGS