
En début de semaine dernière, Valve a annoncé le ban à vie des 16 joueurs impliqués dans les divers match-fixing d’il y a un an. Une annonce qui a suscité de vives réactions au sein de la communauté, se divisant entre les « pour », les « contre », et ceux qui penchent pour l’entre deux.
C’est l’occasion pour nous de faire le point sur tous les éléments, et de voir les conclusions que nous pouvons tirer de cette affaire.
Le contexte
Il y a environ 1 an, des joueurs chez iBUYPOWER, Epsilon et ESC ont volontairement perdu un match (« throw » en anglais), afin de remporter des gains. Comment ? En pariant sur l’équipe adverse disposant d’une grosse cote. Le scandale a d’abord éclaté aux Etats-Unis avec une investigation du journaliste Richard Lewis. CSGO Lounge a vérifié ensuite les faits exposés par Lewis, puis Valve a fini par mener sa propre enquête. Au final, ce sont 16 joueurs qui écopent d’un ban à durée indéterminée. Valve a très peu communiqué sur cette prise de décision. Nous savions simplement que Valve reviendrait sur cette affaire dans environ 1 an, laissant alors les joueurs dans le doute le plus total. Un an plus tard, la sentence du ban à vie tombe.
Good feeling
— Joey (@fxy0CS) 5 Janvier 2016
Good feeling ? Pas tant que ça...
Un ban à vie, une solution efficace ?
Il est évident qu’un ban à vie montre l'exemple pour les autres joueurs. Avec une sanction aussi dure, il est peu probable qu’une équipe décide de reprendre le risque de throw. CS:GO est en plein essor, cela vaudrait-t-il la peine de fausser un match pour empocher quelques milliers de dollars tout en mettant en péril son avenir sur le jeu ?
Well I'm not a big fan of the permanent ban either, I just think Valve is trying to set an example for the future @DrAvailer
— Markus Kjærbye (@dKjaerbye) 5 Janvier 2016
"Je ne suis pas un grand fan du ban à vie, mais je pense que Valve essaye d'en faire un exemple pour le futur"
Perma banned, sucks for NA CS but I'm confident no1 will be stupid enough to do it now, they set the example.
— Adam Friberg (@fribergCS) 5 Janvier 2016
"Ban à vie, ca suxx pour le CS américain mais je suis confiant sur le fait que personne ne sera assez stupide pour faire ca maintenant, ils ont donné l'exemple."
Valve se veut de garder toute l’intégrité et le fair play dans son jeu. A quoi bon suivre un jeu esport si les fans ne sont pas sûr de la véracité du match ? Si le jeu devient rempli de matchs truqués, quel est le réel intérêt ? Valve ne veut plus voir les joueurs professionnels profiter de leurs fans en leur volant de l’argent. La sanction est dure et l’éditeur en est conscient, mais il s’assure en brisant quelques carrières que les joueurs actuels ou à venir ne seront pas tentés de détruire le jeu par l’appât du gain facile.
Mais un ban à vie ne serait il pas de trop ?
Valve a brisé 16 carrières, et également nuancé la possibilité pour l’Amérique du Nord de tenter de concurrencer l’Europe, avec quelques uns de leurs meilleurs joueurs bannis. Laisser 1 an les joueurs dans le flou, certains ayant repris la compétition depuis peu, pour au final leur annoncer que leur carrière est terminée, du moins pour toutes les compétitions organisées par Valve. Exit le rêve de major, le but ultime de toute équipe. Est-il rentable de continuer à jouer sur les autres ligues, tournois, sachant que certains d’entre eux risquent de s’aligner avec la politique de Valve ?
On a serious note I think that permanent ban is too hard, nobody would ever do such thing again and imo everyone deserves a second chance;z
— Jesper Wecksell (@jwCSGO) 5 Janvier 2016
"Plus sérieusement je pense qu'un ban à vie est exagéré, personne ne refera une telle chose et je pense que tout le monde mérite une seconde chance."
Les joueurs ont sûrement compris la leçon et regrettent forcément leur geste, comme par exemple la réaction de fxy0 : Twitlonger de fxy0
La déception est grande pour l’Amérique du Nord. DaZed, steel ou encore swag sont des joueurs exceptionnels, ils ont subi certaines pressions (à l’époque iBUYPOWER ne disposait pas forcément d’un salaire proportionnel à leur investissement), et cette simple erreur leur a coûté leur entière carrière de joueur professionnel. En France, les joueurs ont récemment intégré des équipes du subtop, leur permettant un apport important en expérience, en espérant regagner le top un jour. Mais la dénonciation de toute l’affaire par GMX après son kick de chez Epsilon a en conséquence de leurs actes détruit leur avenir sur le jeu.
Beaucoup ont passé un nombre incalculable d'heures pour en arriver à ce niveau, et une seule mauvaise décision dans leur carrière ruine tout. Un investissement ne menant à rien face à une sanction dure.

GMX regrette d'autant plus son geste aujourd'hui - © HLTV.org
Aujourd’hui l’eSport se veut de plus en plus proche du sport, mais l’absence d’encadrement et de règles engendrent des situations comme cette dernière.
Bien évidemment, il est interdit de truquer des matchs, et revendiquer l’absence de règles comme justification de cet acte est stupide. Cela reviendrait à admettre que les joueurs pourraient truquer des matchs, empocher une grosse somme d’argent et revenir comme si de rien n'était, suite à une règle qui pourrait les autoriser à revenir sur la scène 2 ans après.
fxy0 is right, the life-time ban for match-fixers shows how far from a sport CS:GO is.
— Thorin (@Thooorin) 7 Janvier 2016
"fxy0 a raison, le ban à vie pour les fausseurs de matchs montre à quel point CS:GO est encore loin d'être un sport."
Imaginons un peu le chaos pour les joueurs qui sachant qu’ils devront attendre des années afin d’obtenir un salaire nécessaire pour vivre de CSGO, se demanderaient si cela ne serait pas plus avantageux pour eux de truquer les matchs ?
Une question d’actualité avec une équipe vietnamienne, les ex-Skryed. Récemment exclus de leur nouvelle structure 10 jours après l’avoir intégrée, les joueurs sont suspectés de match fixing. CSGO étant peu développé dans les pays asiatiques, il est pensable que les joueurs aient pris le risque de truquer un match.
Un besoin réel d'encadrement
Un ban à vie, pour de simples skins virtuels gagnés par trucage ? Cette interrogation n’est pas totalement vraie. Les skins représentent une certaine valeur, et d’autres sites existent pour parier directement de l’argent sur des matchs. Certaines personnes extérieures au monde du pari sur CSGO Lounge semblent oublier que des personnes ont pu perdre des centaines, voir des milliers d’euros sur ce genre de match. Une partie de la communauté a été trahie, tout simplement parce que des joueurs ont profité de leur statut, n’ont pas réfléchi, et ont été attirés par l’argent facile.
C’est pour cela que Valve doit mettre en place des règles claires à ce propos. Dans le sport, une suspension a lieu, accompagnée d’une amende. Mais jamais ou très rarement la suspension est à vie.
Dans un contexte où l’esport tend à se rapprocher de plus en plus du sport, il serait intelligent de songer à utiliser certains règles existantes depuis longtemps dans les disciplines sportives, et qui ont prouvé fonctionner.
my come back on pro scene pic.twitter.com/dYTGsmPI5P
— GMX (@gmxcsgo) 6 Janvier 2016
I'm done with csgo,good luck to my ex team mates with their new adventures,was fun playing again tho:D! @meltyALEX @LambertCSGO @mistoucsgo
— GMX (@gmxcsgo) 11 Janvier 2016
Un retour sur la scène professionelle manqué...
Une solution pourrait être de fixer une amende très élevée, dissuadant alors les joueurs de gagner de l’argent facilement et de revenir 2 ans (ou plus) après sans jamais rien rembourser. Un tel système rendrait l’esport plus sérieux.
Sans encadrement législatif, l’esport va encore avoir du mal à gagner en légitimité. Grâce au système de skins virtuels disposant d’une valeur réelle, les sites de paris profitent d’une législation encore trop floue. C’est aux éditeurs dans un premier temps de réfléchir pour éclaircir certains points. Les nombreuses dérives apparaissant, il ne serait pas étonnant de voir la loi intervenir d’ici quelques temps; ce qui est d'ailleurs d'actualité avec les réunions tenues entre le gouvernement et les associations et sociétés françaises.
Suite à toutes les réactions, il est possible que Valve réfléchisse à nouveau, ils nous ont prouvé récemment qu’ils étaient capables de revoir leurs décisions (retour en arrière suite à la MAJ des rifles et pistols). Le bon compromis est actuellement uniquement dans leurs mains.
N’oublions pas qu’à la base l’esport c’est de la compétition, du fairplay, une envie de gagner par passion du jeu et que l’argent étant nécessaire à son développement, il ne doit cependant pas amener l'éditeur à se retrouver à la fois juge et jury.
Modifié le 17/04/2019 à 14:54