Après une année 2025 riche en émotions au sein du coaching staff de la Karmine Corp en LEC, Wadi a fait son retour à l'échelon national cette saison. Propulsé à la tête des Karmine Corp Blue Stars en Nexus League (anciennement Div.2), l'entraîneur français a ajouté un nouveau trophée à son palmarès en remportant le Spring Split. Au micro de Tipsa, Wadi est revenu sur ce grand chelem personnel, le développement de ses jeunes prodiges, mais aussi sur les désillusions passées en LEC et le fonctionnement très en vase clos de son club de cœur.

Le trophée platine et l'exigence du haut niveau

Redescendre d'une ligue majeure vers un circuit académique n'est pas une transition évidente pour tout le monde. Pour Wadi, le défi de la Nexus League représentait avant tout l'aboutissement d'un palmarès déjà bien fourni et l'opportunité de façonner des talents bruts. Interrogé par Tipsa sur ses motivations à rejoindre ce projet, l'entraîneur explique sa démarche de manière très transparente : « En vrai, quand à la fin de la LEC je savais que j'allais ne pas avoir de projet, j'étais en mode si je vais en ERL autre que KC juste pour essayer de perf, ce n'est pas super marrant. Alors que la Div 2, tu développes des jeunes et aussi c'était le seul titre que je n'avais pas. Donc je me disais que ça te permet de faire le platine quoi, le trophée final d'avoir tout. »

Si la domination de son équipe a été totale en saison régulière, la grande finale a bien failli tourner à la catastrophe avec un retard de deux manches à zéro. Un scénario angoissant qui n'a pourtant pas fait paniquer le coach : « Pas vraiment de stress, tu restes focus. Tu cherches avant tout des solutions, car c'est un peu la dernière chance. Quand j'ai vu la deuxième game, j'ai constaté que l'on jouait mal. Je me suis dit qu'au pire, on ferait top 2 et on reviendrait l'année prochaine. Mais ce n'est évidemment pas ce que tu dis aux joueurs ! Dans ma tête, j'ai relativisé en me disant que c'était notre mauvaise journée. Mais non, peu de stress, je me concentre sur mes options : qu'est-ce que je peux leur dire ? Qu'est-ce que je peux draft ? Ensuite, on envoie, et tu vois ce qui se passe. De toute façon, tu n'es pas dans le jeu. Si les joueurs jouent mal, ils jouent mal, il faut juste les mettre dans les meilleures conditions possibles. »

La fierté de former la relève : Koala et Looki

Ce projet académique a mis en lumière plusieurs jeunes joueurs, à commencer par Koala et Lookie. Le premier s'apprête d'ailleurs à s'envoler pour un bootcamp intensif en Corée du Sud. Un voyage qui ravit son entraîneur, persuadé du potentiel exceptionnel de son toplaner : « Super joueur, super profil. De toute façon, les OTP ont de très bons profils. C'est très facile de travailler avec lui. Mécaniquement, c'est fort, il progresse vite et même Nayas me confirme que ça avance bien. Je trouve que c'est un profil assez complet : c'est un OTP Irelia, mais il joue très bien les ranges. Il lui manque encore quelques tanks, mais vu qu'il va beaucoup jouer Irelia en Corée, il peut monter haut parce qu'il est vraiment redoutable dessus. Après, ils connaissent bien le champion là-bas, donc ce ne sera pas gratuit car ça clique fort à ce niveau. Mais sur trois mois, il est jeune, il va spam le jeu et il est motivé. Je pense qu'il peut aller haut. »

De son côté, Looki a été propulsé sous le feu des projecteurs en participant aux EMEA Masters avec l'équipe LFL de la Karmine Corp. Une promotion logique selon Wadi, qui considère que la réussite de ses poulains est la récompense ultime de son travail : « C'est le but de mon rôle littéralement. C'est le but de l'équipe. Donc si on pense qu'il est prêt et qu'il performe en EMEA, ce qui est le cas actuellement, bah parfait. Pourquoi il va passer un split de plus à jouer contre des équipes dont je ne connais pas le nom en scrim. »

Le regret Fnatic et le problème de réseau de la KC

Au-delà de son actualité en Nexus League, Wadi est inévitablement revenu sur la cruelle fin de saison 2025 en LEC. Une année marquée par une absence d'offres lors du mercato, le forçant à redescendre de division. Pour lui, le match décisif perdu contre Fnatic a scellé son destin et celui du roster de l'époque : « C'est sûr, je pense que KC ne fait pas de gros changements si on va aux Worlds, ce qui est logique. Ta saison s'est mal passée, tu ne te qualifies pas au MSI, donc tu te dis que si tu vas aux Worlds, ça efface un peu tout. C'est comme au Winter : tu arrives au First Stand, on fait trois games dégueulasses juste avant, puis on gagne contre TES et CFO, et tu as l'impression que les gens ont tout oublié parce qu'on a fait de bonnes parties derrière. Pour les Worlds, c'est pareil. Si on s'était qualifiés, on aurait forcément performé convenablement. Avec un environnement différent, le changement de joueurs et la hype générale... Tu rassembles tout ça, et on aurait fait de bons résultats. Je ne dis pas qu'on aurait fait un quart de finale, mais on aurait accroché tout le monde, j'en suis sûr et certain. »

Si lui, Reha ou Targamas n'ont pas trouvé de point de chute au sommet de l'Europe après cette saison, Wadi estime que le problème vient avant tout d'un manque de communication avec le reste de l'écosystème. Il rejette la théorie d'un complot anti-français et pointe du doigt le fonctionnement interne de son équipe : « Je pense que le problème, c'est surtout qu'à la KC, on est très fermés. Personnellement, je ne parle à personne de la scène en dehors de Reha, Striker et Fati. Donc on ne nous connaît pas vraiment. Les gens se disent : "C'est un mec de KC", et ne s'intéressent pas forcément à toi. Ils vont plutôt regarder des coachs qui créent du contenu ou qui se mettent en avant. Je sais qu'il y a beaucoup d'entraîneurs qui discutent énormément entre eux ou avec les managers. Il y a un vrai réseau interne dans l'esport que nous n'avons pas chez KC, tout simplement parce que l'on reste entre nous. Et au final, c'est ça qui nous coûte cher. »

Un retour en LEC comme objectif assumé

Malgré son attachement profond à la structure de Kameto, Wadi ne compte pas faire de vieux os dans les ligues inférieures. Son ambition reste la cour des grands, et il se dit prêt à quitter le navire bleu si l'opportunité se présente ailleurs dans l'élite européenne : « Ça me ferait chier. Mais si je ne peux pas monter en LEC avec la KC, je ne vais pas rester bloqué en bas. C'est une structure incroyable. Je suis vraiment heureux de travailler avec les gens de ce club. Mais malheureusement, si je n'ai pas ma place chez eux en LEC, je devrai aller bosser ailleurs. Évidemment, je préférerais réussir à monter avec la KC en prouvant à nouveau ce que je peux apporter. Sinon, j'irai voir autre part, et mon seul objectif sera de leur montrer qu'ils auraient dû me garder. »

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