JD Gaming s'est relancée dans le tournoi First Stand 2026 en dominant LOUD (3-0), deux jours après une lourde défaite face à Gen.G. L'entraîneur en chef de l'équipe, Tabe, a profité de l'interview d'après-match pour partager sa philosophie de coaching, son évolution personnelle au fil des années et les leçons tirées de leur premier revers dans la compétition.

Tirer les leçons de la défaite contre Gen.G

Le contraste entre la défaite inaugurale face au champion sud-coréen et la victoire éclatante contre le représentant brésilien a mis en lumière une certaine adaptabilité et une certaine résilience de la part de JD Gaming. Interrogé sur les enseignements de cette déroute face à Gen.G, l'entraîneur en chef s'est montré particulièrement analytique sur l'approche stratégique de son équipe.

Il explique : « Le plus difficile ces dernières années, c'est qu'à chaque fois que nous affrontons Gen.G et que nous perdons, on a l'impression que le monde s'écroule. On remet en question la meta pour laquelle nous nous étions tant préparés, la draft, nos tactiques... On se demande ce qu'on fait là, si on a pris la bonne direction. Hier encore, je me demandais quelle était la bonne meta sur ce patch. Ce que j'ai appris de notre défaite contre Gen.G, c'est que se concentrer sur un seul côté de la carte, que ce soit la botlane ou la toplane, n'est peut-être pas suffisant. En draft, il faut peut-être construire quelque chose de carré, utiliser tout ce qu'on a. Ça ne peut pas être un triangle ou un rectangle, ça doit être un carré ou un cercle. C'est peut-être un peu abstrait, mais aujourd'hui, notre draft et notre plan de jeu étaient basés sur l'idée de mettre nos cinq joueurs dans des matchups confortables. »

Cette flexibilité s'est également traduite par des ajustements in-game, après des difficultés de coordination rencontrées plus tôt dans l'année : « Pendant la saison régulière en LPL, notre coaching staff a vraiment mis l'accent sur la coordination entre le support et le jungler. Mais nous n'avons pas très bien joué, nous n'arrivions pas à bien nous coordonner avec les autres lanes. Après une longue pause, de retour pour les playoffs, le staff et les joueurs ont beaucoup discuté et nous avons réalisé qu'il fallait peut-être changer notre style de jeu. Nous avons commencé à mettre énormément l'accent sur la botlane, pour que Gala et Vampire n'aient plus besoin de se coordonner avec le jungler, mais qu'ils se contentent de punir la botlane adverse. »

Une philosophie de coaching axée sur les forces des joueurs

Reconnu pour sa capacité à sublimer les effectifs dont il a la charge (RNG, Anyone's Legend, BLG), Tabe a détaillé sa méthode de travail et la culture qu'il tente d'instaurer au sein de ses équipes. Plutôt que d'imposer un système rigide, il privilégie l'optimisation des qualités intrinsèques de chaque individu.

Il détaille son approche : « Je passe beaucoup de temps à analyser la personnalité de chaque joueur et ce qu'il aime faire. Par exemple, certains joueurs sont très doués pour défendre, ils peuvent très bien jouer des tanks. Ils n'ont peut-être pas une phase de lane très forte, mais ils ont d'excellentes mécaniques et un grand talent lors des combats d'équipe. Mon point de vue, c'est de renforcer cette partie-là et de faire en sorte que l'adversaire ne remarque pas ses faiblesses en phase de lane. C'est comme aiguiser l'épée, et non essayer de transformer un bouclier en épée. Chaque fois que j'arrive dans une équipe, je cherche leurs points forts plutôt que leurs faiblesses. »

De la colère à la collaboration : l'évolution d'un vétéran

Actif sur la scène compétitive depuis plus d'une décennie, l'ancien joueur professionnel a également profité de l'occasion pour revenir sur son parcours personnel et sur l'évolution de son tempérament, passant d'un entraîneur autoritaire à un véritable partenaire pour ses joueurs. Il déclare : « Je pense que lorsque j'exerçais entre 2017 et 2019, j'avais un très mauvais caractère. J'étais très émotif, je me mettais facilement en colère. Mais après avoir rejoint Royal Never Give Up, où nous avions beaucoup de joueurs vedettes, j'ai réalisé que si je continuais à me mettre en colère ou à avoir un mauvais caractère, j'allais détruire l'atmosphère de la salle d'entraînement. En vieillissant, je pense que sur League of Legends aujourd'hui, il n'est pas bon d'agir comme un professeur ou un patron avec les joueurs. De mon point de vue, nous devons coopérer. Nous sommes peut-être des coéquipiers, je suis le sixième joueur avec eux. »

Une approche collaborative essentielle, notamment lors des moments de tension stratégique : « Par exemple, lors de la draft, l'entraîneur voudra peut-être que les joueurs choisissent tel ou tel champion, mais le joueur dira : "Non, je ne veux pas jouer ça". C'est très difficile parce qu'en match, nous n'avons que trente secondes, et même si le matchup est bon en théorie, si l'adversaire est Gen.G, le joueur peut se dire : "Non, je ne peux pas jouer ça". C'est une tâche très difficile de continuer à dialoguer et à coopérer avec mes joueurs, tout en les poussant à s'améliorer chaque jour. »