"Qui a peur des jeux vidéo ?". Je l’ai sur ma table de chevet, mais je ne l’ai pas encore commencé, la faute à ces satanées Portes de la Mort, qui continuent de me tenir en haleine. Ah la Fantasy... Fichtre et foutre !


Ce livre, cette étude sur cette passion commune qui nous anime, c’est le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron qui en est l’auteur, et comme son ouvrage est sorti récemment, il a été à cette occasion interrogé par lemonde.fr. L’entretien revient sur diverses assertions exposées dans son livre et globalement sur ce phénomène dont les médias reparlent régulièrement quand ils ont enfin épuisé tous les sujets croustillants du moment : la dépendance aux jeux vidéo, parfois appelée cyber-dépendance quand elle est couplée à l’utilisation d’internet (les deux vont bien ensemble il faut l’avouer). Il faut dire que le business du jeu vidéo se porte admirablement bien ; peut-être parce qu’il s’agit là d’une échappatoire des plus efficaces face à nos têtes fatiguées d’entendre parler de chômage, de récession, de baisse du pouvoir d’achat et je m’arrête là, n’ayant pas envie de vous infliger ce bourrage de crâne qui moi aussi m’irrite.

Bref, les jeux vidéo s’invitent, toujours plus nombreux, dans nos salons, et il peut paraître légitime que certains parents, peu ou mal informés sur le phénomène, s’inquiètent de ce que leur progéniture peut consommer devant l’écran. L’objectif du livre de Serge Tisseron tente donc de répondre à ces interrogations et l’interview du Monde, publi-interview si j’ose dire, reprend fort logiquement le même objectif, en version édulcorée bien sûr.

Serge exprime dans un premier temps les bienfaits des jeux vidéo : "Ils suscitent du plaisir, celui de remporter des épreuves, de découvrir des univers esthétiques et de mettre les joueurs en compétition. Ils permettent aux enfants d’exprimer symboliquement leur agressivité, de mettre en scène leurs angoisses d’abandon, de mort ou encore d’enfermement, de se familiariser avec elles et de les dépasser". De surcroît, les jeux vidéo selon le psychiatre permettent aux enfants et adolescents, en supplantant télévision/cinéma, de surmonter certains conflits internes ou de vivre par écran interposé ce dont ils rêvent. En outre, s’agissant des jeux en réseau, Serge Tisseron estime qu’ils favorisent la communication et la socialisation davantage encore, car "pour avancer, il faut faire des alliances, agir en équipe". En somme, l’auteur déclare que les jeux vidéo sont à double tranchant, car s’ils contribuent à grandement favoriser l’estime de soi, cette conséquence peut s’avérer délicate, certains décidant de trouver refuge dans leurs jeux puisque ce sera là et uniquement là qu’ils pourront se sentir gratifiés.

Quant aux côtés néfastes des jeux, le psychiatre concentre sa réponse sur la violence de certains jeux, comme GTA, pour lequel il s’étonne que des préados de 12-13 ans aient le droit d’y jouer. Il précise qu’il existe une classification, et que c’est aux parents de faire leur devoir en la respectant. Encore une question d’éducation finalement... Pour ce qui concerne l’addiction aux jeux vidéo, Serge estime qu’il s’agit là d’un "phénomène rare" ; il préfère pour sa part parler de joueur excessif, estimant qu’à l’adolescence, "tout est flottant, rien n’est jamais fixé". Et de conclure : "Il n’est pas rare de voir des joueurs très excessifs en troisième et seconde qui ne le sont plus en première ou en terminale". D’autre part, concernant le repli sur soi de certains joueurs, souvent mis en avant par les parents, Tisseron indique qu’il "ne faut pas confondre la cause et la conséquence". Les jeunes gens conduits à énormément jouer le sont parce qu’ils rencontrent des difficultés dans la vie de tous les jours qui les poussent à se replier sur eux : "je vois beaucoup de jeunes jouer à l’excès à l’occasion de la séparation de leurs parents ou à la survenue d’un décès, voire pour trouver un refuge face à une maltraitance scolaire" déclare Serge.

Cela dit, le psychiatre est conscient qu’une pratique excessive peut naître si les parents ne fixent pas des limites à leurs enfants. Il propose notamment de passer un contrat avec son enfant, autorisé à jouer suivant ses résultats scolaires. Il préconise également l’interdiction de jouer la nuit, pas d’ordinateur dans la chambre, et que les parents doivent s’immiscer dans la vie vidéoludique pour tâcher de la comprendre un maximum. On en revient toujours à la même chose : l’éducation.

L’entrevue conclut toutefois sur une note assez amer et qui a pour doux nom World of Warcraft : "Les jeux en réseau, comme World of Warcraft, sont particulièrement préoccupants". Counter-Strike en prend aussi pour son grade, même s’il n’est pas aussi nettement montré du doigt : "Il faut préférer les jeux dans lesquels il y a une narration forte plutôt que les jeux compulsifs, répétitifs". Enfin, la conclusion de l’interview en fera sourire plus d’un : "Il faut bien sûr mener [...] une bataille pour que les fabricants fassent des jeux moins addictifs". Je lui souhaite bien du courage face à une pompe à fric comme Blizzard.
Source : LeMonde