L’effervescence des grands rendez-vous compétitifs rappelle à quel point le sport électronique a changé de dimension. Au cœur du Major des IEM Cologne, l’un des événements les plus emblématiques du circuit Counter-Strike, les exigences n'ont plus rien à voir avec celles de la décennie précédente. Pour les marques endémiques, cette évolution implique une mutation profonde des méthodes de développement.

Rencontrée dans les coulisses du tournoi, Celsa Wu, responsable du management et du développement de l'activité esport pour BenQ et ZOWIE, analyse pour la rédaction *aAa* cette professionnalisation et détaille l'approche quasi-scientifique de la marque pour concevoir ses périphériques.

Concevoir les nouveaux périphériques PC : une approche quasi-scientifique

Le temps où les joueurs traversaient l'Europe en voiture pour participer à des compétitions locales est révolu. « Aujourd’hui, les joueurs professionnels sont davantage reconnus comme des athlètes », observe Celsa Wu, citant les discussions menées avec des figures historiques comme Dennis « walle » Wallenberg ou Filip « NEO » Kubski. « L’écosystème est beaucoup plus mature. Les joueurs sont mieux traités, et c’est une excellente chose. »

Cette structuration a attiré de nouveaux acteurs sur le marché du matériel, rendant le secteur des moniteurs et des périphériques extrêmement concurrentiel. Pionnier en 2010 avec les premiers écrans dédiés au gaming, ZOWIE a dû adapter sa stratégie face à une concurrence accrue. « Avec plus de compétition entre les marques, cela stimule tout le monde. Cela pousse chacun à prendre les choses au sérieux, à avancer plus vite et à proposer de meilleurs produits », tempère la responsable.

Celsa Wu, officiant pour ZOWIE, au Major de Cologne
En marge du Major, ZOWIE a tenu une conférence pour aborder l'aspect technique et créatif de ses produits

Dans ce contexte, le sponsoring a lui aussi évolué. Loin de la simple visibilité des années 2014-2016 où la marque affichait son logo sur la quasi-totalité des équipes en playoffs, ZOWIE cible désormais ses partenariats (Team Spirit, Astralis, The MongolZ, Heroic, ou des joueurs comme NiKo et apEX) dans un but précis : la validation technique.

« Même si vous êtes sponsor, vous ne pouvez pas forcer les joueurs à utiliser votre matériel. La beauté de l’esport, c’est la compétition. Tous les athlètes veulent gagner », rappelle Celsa Wu, comparant la situation aux équipementiers de la NBA. « Pour nous, le sponsoring est une opportunité d'intégrer les retours des meilleurs mondiaux dans nos recherches. »

La science du sport au service du hardware

Pour concevoir ses nouveautés, à l'image de la récente gamme de souris "DW" (qui succède aux versions grises en optimisant le revêtement et le poids), ZOWIE s'appuie sur son Sports Science Lab. La marque y mène des sessions de tests de plus de deux heures et demie afin d'analyser l'endurance et la fatigue musculaire des joueurs.

[Idée originale & études] ➔ [30 à 50 prototypes] ➔ [Sélection (5 à 8)] ➔ [Tests pros (2-3 mois)] ➔ [Validation sur scène (ex: donk)]

Ces analyses physiologiques déterminent la forme, la courbure ou la hauteur idéale d'un périphérique. « Les performances peuvent diminuer lorsque les muscles se fatiguent. Nous utilisons ces analyses scientifiques pour définir le type de prise en main ou les matériaux à privilégier », explique Celsa Wu. C'est cette approche qui a conduit à fixer le poids de la nouvelle FK1-DW à 52 grammes. Un choix dicté par les retours des professionnels, pour qui descendre sous la barre des 50 grammes nuisait à la stabilité de la visée.

Ce niveau d'exigence s'applique également aux technologies d'affichage. Avec l'évolution du système DyAc vers sa version 3, les ingénieurs continuent d'ajuster la clarté et la stabilité des moniteurs en fonction des sensations exprimées par les joueurs sur scène.

Celsa Wu en conférence à Cologne, pour ZOWIE
Celsa Wu officie chez ZOWIE depuis plus d'une dizaine d'années

Le temps long du développement : l'épreuve de la scène

La commercialisation d'un produit ZOWIE s'inscrit dans un processus temporel long, souvent invisible pour le grand public. Entre l'idée originale et la production de masse, il s'écoule au minimum 18 mois, jalonnés par cinq à sept étapes de prototypage.

« Les modèles DW que nous lançons actuellement ont été testés sous forme d’échantillons par les professionnels l’année dernière, ici même à Cologne », révèle Celsa Wu. Après avoir réduit une cinquantaine de prototypes internes à une poignée de modèles, ces derniers sont confiés aux joueurs pour une utilisation quotidienne de plusieurs mois.

La validation finale ne se fait toutefois pas à domicile, mais dans les conditions de pression maximales des tournois officiels. C'est le cas actuellement pour la souris développée spécifiquement avec le joueur prodige Danil « donk » Kryshkovets.

« Il l'utilise en compétition depuis environ six mois. Ses performances se sont stabilisées, et nous commençons à réfléchir à la manière d'atteindre la performance maximale », confie la responsable, précisant qu'aucune date de sortie ne sera fixée tant que le joueur n'aura pas pleinement validé le produit en conditions réelles. Une philosophie qui résume la stratégie de la marque : privilégier le temps de la recherche et l'exigence du terrain sur le calendrier marketing.