Selon les récentes révélations du Financial Times, l'administration Trump étudie la possibilité de contraindre le géant chinois Tencent à revendre ses parts dans plusieurs fleurons du jeu vidéo américains, dont Riot Games et Epic Games. En cause : des inquiétudes persistantes liées à la sécurité nationale.
Une enquête au long cours qui s'accélère
L'écosystème de l'esport mondial repose en grande partie sur des studios phares comme Riot Games (League of Legends, Valorant) ou Epic Games (Fortnite). Ces entreprises américaines partagent un point commun majeur : leur capital est contrôlé, en totalité ou en partie, par le géant chinois Tencent. Cette situation financière est aujourd'hui dans le viseur du gouvernement américain. Selon un rapport publié début mars 2026 par le Financial Times, la Maison-Blanche débat actuellement d'une mesure radicale visant à obliger le groupe chinois à se séparer exclusivement de ses investissements dans les entreprises américaines du secteur.
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Cette réflexion gouvernementale ne sort pas de nulle part. La chronologie du dossier montre une pression constante sur les intérêts chinois aux États-Unis. Dès le premier mandat de Donald Trump, le comité chargé d'examiner les investissements étrangers (le CFIUS) avait ouvert une enquête sur Tencent. Sous l'administration Biden, le dossier a continué d'avancer, bien que les départements gouvernementaux aient été divisés sur la méthode. Le ministère de la Justice penchait déjà pour une vente forcée, tandis que le département du Trésor proposait l'installation de serveurs cloisonnés pour protéger les données. La situation s'est durcie en janvier 2025, lorsque le Pentagone a inscrit Tencent sur une liste d'entreprises soupçonnées d'entretenir des liens avec l'armée chinoise, des allégations toujours démenties par la firme de Shenzhen.
Le Financial Times précise que l'urgence actuelle est liée au calendrier géopolitique. Les débats internes à Washington s'intensifient à l'approche d'une rencontre officielle prévue en avril 2026 entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping. L'approche de l'administration américaine rappelle ainsi frontalement la stratégie récemment utilisée contre l'entreprise ByteDance pour imposer la revente du réseau social TikTok.
Les données personnelles et technologiques dans le viseur
Au cœur du problème se trouve la question des données personnelles. Les jeux de Riot Games ou d'Epic Games rassemblent des dizaines de millions de joueurs américains quotidiens, générant un volume massif d'informations comportementales et financières. Washington craint que ces bases de données ne soient accessibles au gouvernement chinois. Le cas d'Epic Games, dont Tencent possède environ 28 % des parts, est particulièrement sensible. Le studio développe l'Unreal Engine, un moteur graphique très populaire dans le jeu vidéo, mais également très utilisé par l'armée américaine et ses sous-traitants pour la création de simulations d'entraînement militaire.
Suite à ces révélations, les marchés financiers ont réagi avec frilosité. L'action de Tencent a accusé une baisse immédiate, marquant la méfiance des investisseurs face à un contexte d'incertitude. Du côté des entreprises concernées, c'est pour l'instant le silence stratégique. Ni Riot Games, ni Epic Games, ni Tencent n'ont souhaité commenter les informations du Financial Times.
Pour l'industrie du jeu vidéo et de l'esport, les conséquences d'une telle décision gouvernementale seraient lourdes. Retirer le premier investisseur mondial du circuit américain forcerait les acteurs historiques à chercher de nouveaux repreneurs. Une dynamique qui pourrait inévitablement conduire à une concentration encore plus forte du marché entre les mains de quelques géants technologiques occidentaux disposant de la trésorerie nécessaire pour absorber des entreprises valorisées à plusieurs milliards de dollars.
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