L'esport VR poursuit son développement en France et en Europe avec le lancement à la mi-avril d'une ligue professionnelle EVA (Esports Virtual Arenas), plusieurs clubs de renom du Vieux Continent comme G2 Esports, Team Vitality ou encore Solary ont désormais un pied dans la compétition. La rédaction a pu discuter avec Yassine Jaada, VP Esports chez EVA.

EVA Pro League : Le pont entre l’arène physique et la performance digitale

A mi-chemin entre l'effort physique du sport traditionnel et la précision du gaming, EVA bouscule les codes et attire les curieux. En lançant son « EPL », la structure ne se contente plus de divertir : elle impose un nouveau standard de compétition dans le domaine. Entretien.

team-aAa.com : Qu’est-ce qui a convaincu des structures comme G2 ou OG Esports de s'engager sur un bail de long terme avec EVA plutôt que sur un simple « one-shot » événementiel ?
Yassine Jaada : Ce qui est intéressant avec l'EVA Pro League, c'est qu'on crée un vrai pont entre le sport traditionnel et l'esport. Le format domicile/extérieur, les salles locales, les fans qui se déplacent : ce sont des codes du sport. Mais la compétition, les organisations, le broadcast, c'est de l'esport pur. Les clubs ont compris qu'ils pouvaient exister dans les deux mondes en même temps. C'est quelque chose de nouveau, et c'est ce qui les a convaincus de s'engager sur la durée.

L'EVA Pro League met en avant l'endurance et l'explosivité. Considérez-vous à terme qu’EVA pourrait intégrer les compétitions multisports internationales ou les « Olympic Esports Series » ?
Oui, et pas seulement les Olympics, l'EWC aussi. La VR, c'est de l'endurance cognitive, de l'explosivité, de la lecture spatiale en temps réel : c'est un sport. Ces compétitions cherchent des disciplines légitimes avec une audience potentielle grand public. Nous cochons ces cases. C'est un objectif.

Au-delà du prize pool de 50 000 €, quel est l'intérêt financier pour un club de s'associer à une salle locale (modèle de licence, partage de revenus billetterie) ?
L'idée, c'est que les fans du club peuvent vivre l'expérience EVA dans leur ville. Ils peuvent aller jouer dans la salle locale, acheter des bundles aux couleurs de leur équipe, vivre quelque chose de physique autour de leur club. Cela génère des revenus réels et récurrents pour l'organisation, ainsi qu'une communauté locale qui s'active régulièrement. On transforme un fan digital en un fan qui pousse la porte d'une salle. L'objectif à terme est que chaque équipe ait sa propre arène dans sa ville. C'est cela, la vision.


EVA reprend les codes de l'esport avec des éléments aux couleurs des équipes (c) EVA

Avec des clubs espagnols et allemands, la ligue est européenne dès son lancement. Quelle est la prochaine étape : une ligue US ou une expansion vers l'Asie ?
L'objectif est clairement de développer une autre ligue dans une autre région. Mais nous sommes honnêtes : nous n'avons pas encore assez de recul sur l'EPL, et nous sommes aussi liés à notre infrastructure. Une ligue comme celle-ci nécessite des salles, et cela se construit. On avance étape par étape. La priorité aujourd'hui est de faire de l'EPL quelque chose d'irréprochable, et la suite en découlera.

La VR est souvent difficile à suivre pour le spectateur. Quelles innovations avez-vous mises en place sur la chaîne EVA Competitive pour rendre l'action lisible en stream ?
On y travaille, clairement. On a déjà posé des bases : caméra directement via le casque VR, caméra arène IRL, overlays, direction artistique calée sur les codes du FPS. Mais ce qui va vraiment changer les choses, c'est la technologie elle-même qui continue d'évoluer. Les outils de broadcast VR s'améliorent vite.

Si l'EVA Pro League est un succès en 2026, à quoi ressemblera le paysage de l'esport VR dans 5 ans selon vous ?
Notre objectif est simple : devenir un « tier 1 » de l'esport. Pas une discipline de niche, mais un titre esport de premier rang, au même niveau que les FPS ou les MOBA. Si l'EPL est un succès en 2026, dans 5 ans, nous aurons des ligues sur plusieurs continents, les grandes organisations posséderont des rosters VR comme partie intégrante de leur structure, et les marques investiront dans nos compétitions comme elles le font pour la LEC ou l'ESL Pro League. C'est notre ambition, et nous construisons tout pour y arriver.