Manager de G2 Esports, Romain Bigeard s'est confié au média Hotspawn avant les débuts de son équipe au First Stand 2026. L'occasion d'aborder l'arrivée du groupe au Brésil, les implications du nouveau format compétitif, ainsi que la gestion et le développement du collectif européen.

L'acclimatation au Brésil et les attentes du tournoi

Interrogé par Hotspawn avant l'entrée en lice de G2 Esports au First Stand 2026, Romain Bigeard a détaillé les coulisses du voyage vers São Paulo, marqué par une rencontre avec Gen.G. Il explique : « Ils ont un peu frimé parce qu'ils voyageaient tous en classe affaires, et nous étions simplement en classe Eco+. C'était amusant de monter dans l'avion et de voir tous les joueurs de Gen.G se diriger vers la classe affaires, qu'il faut traverser pour arriver en Eco+. Mais en dehors de ce petit étalage de leur part, le voyage s'est déroulé sans encombre. Pour être honnête, nous avons voyagé de nuit. Nous avions déjà modifié nos horaires à Berlin pour nous assurer d'être le moins impactés possible par le décalage horaire. Et ici, tout le planning est orienté vers le matin, ce qui n'est pas le cas à Berlin. La journée classique pour les joueurs professionnels commence vers 12h ou 13h, alors qu'ici elle débute à 8h ou 9h, ce qui correspond plus ou moins à la durée du décalage horaire. Nous sommes donc déjà à plein régime et nous ne nous sentons pas vraiment fatigués. »

Le manager est ensuite revenu sur les objectifs de l'équipe pour ce tournoi international, particulièrement avec l'introduction du nouveau format de sélection des champions. Il précise : « En termes d'attentes, nous allons travailler pour battre chaque équipe. La première est le représentant du Vietnam. C'est une bonne formation, probablement pas la meilleure du tournoi en matière de classement et d'attentes, mais c'est un BO5. Il faut le gagner. Si vous gagnez, les gens diront que c'était prévisible. Si vous perdez, ils diront que vous êtes mauvais. Il faut donc simplement rester dans l'instant présent, surtout avec le format Fearless. Chaque partie est une première manche parce que c'est une nouvelle phase de draft. C'est très différent d'il y a deux ou trois ans, où chaque partie présentait la même draft que vous essayiez d'optimiser. Maintenant, c'est du Fearless. Chaque partie est un nouveau match. Ce n'est pas parce que vous avez gagné les deux premières que vous allez remporter la troisième. »

Le retour sur le segment européen et la gestion du groupe

Avant de s'envoler pour le Brésil, G2 Esports a dû batailler pour remporter le segment européen face à la Karmine Corp. Romain Bigeard pose un regard pragmatique sur ce parcours : « Je ne dirais pas que nous avons eu un début si difficile. Nous n'avons pas fait la meilleure entame. Mais au bout du compte, tant que vous vous qualifiez pour les playoffs, vous êtes tranquilles. Ce qui compte vraiment, ce sont vos premiers matchs de playoffs. Vous pouvez gagner chaque BO1, mais si vous perdez le premier BO3, tout cela n'aura servi à rien. Je pense donc que nous avons fait le travail à ce niveau en étant dans le rythme, en étant performants au moment opportun. La finale était historique, en particulier la cinquième manche. Cela dit, nous gagnions la plupart des parties. Lors de la plupart des débuts de match, nous avions l'avantage, puis nous nous sommes mis en difficulté lors des troisième et quatrième manches. La cinquième manche était tout simplement dingue. Je suis vraiment ravi que nous ayons remporté celle-là. »

Pour cimenter cette cohésion avant le début de la saison, le staff technique a mis en place une série de dîners stratégiques entre les membres de l'équipe. Il détaille l'initiative : « Le travail que vous effectuez avant le début de l'année est toujours très important pour instaurer la bonne ambiance, car vous travaillez sans le stress et la pression de la compétition. Je ne pouvais pas utiliser les mêmes outils deux fois sur le même groupe de personnes. Il a donc fallu nous réinventer un peu. Nous faisons beaucoup d'entretiens individuels au quotidien, nous sommes donc habitués à cet exercice, mais généralement ces échanges sont plus courts, de l'ordre de 10, 15 ou 20 minutes. Ces dîners étaient l'opportunité parfaite pour que les gens prennent vraiment le temps d'avoir des discussions plus approfondies. Et il était primordial que tout le monde parle avec tout le monde. Cela renforce la position du staff technique vis-à-vis des joueurs. Cela garantit que les joueurs peuvent communiquer entre eux et que le staff technique est sur la même longueur d'onde. »

Le développement individuel et la discipline

Le manager a également souligné l'évolution de ses joueurs clés, à commencer par le midlaner Caps et le jungler français SkewMond. Il déclare : « C'est un privilège de travailler avec Caps. Si vous commencez dans la vie et que vous avez quelque chose pour lequel vous êtes fait, Caps est exactement là où il est censé être, en train de faire exactement ce qu'il adore faire, c'est-à-dire jouer à League of Legends au plus haut niveau possible. C'est un plaisir au quotidien de travailler avec lui. Et SkewMond gagne en maturité. C'est sa deuxième année. L'année dernière, il découvrait une grande partie de la structure et toutes les aventures que nous avons vécues à travers le monde, de Madrid à Paris, en passant par Vancouver, Riyad et la Chine. C'était beaucoup d'expériences amusantes. Maintenant qu'il a vécu tout cela, il peut se concentrer encore mieux sur le fait d'être simplement un excellent joueur. »

Enfin, Romain Bigeard a partagé sa philosophie concernant sa propre discipline physique, dressant un parallèle avec les jeux vidéo : « La musculation, c'est le MMO le plus bête qui soit. Vous avez des quêtes journalières, des quêtes hebdomadaires, des quêtes mensuelles, et si vous ne les accomplissez pas toutes, vous perdez vos gains assez rapidement. L'étape la plus importante est donc de franchir la porte de la salle de sport. C'est tout. Vous pourriez littéralement aller à la salle de sport et repartir. C'est déjà mieux qu'une grande partie des gens. Donc allez-y, allez-y encore et encore. Et cela prend des années. Je fais cela depuis plus de dix ans. Votre corps est comme un arbre un peu bête, et vous faites pousser les branches en les stimulant lentement et doucement. Si vous marchez sur la branche parce que vous voulez qu'elle bouge immédiatement, vous la cassez, et ensuite vous ne pouvez rien faire pendant trois mois, et vous perdez tout. Prenez votre temps, mais allez-y encore et encore. »