De passage au Camp One de Hanwha Life Esports, Lee "Gumayusi" Min-hyung revient sur son départ de T1 après un triplé au Championnat du monde, son adaptation à HLE et les ressorts de sa confiance. Il évoque aussi la mise sur le banc, l’accompagnement mental et sa manière d’aborder les matchs à haute pression.

De T1 à HLE, une transition assumée et un discours centré sur le mental

Après avoir bouclé un cycle au sommet avec T1, Gumayusi a entamé un nouveau chapitre en rejoignant Hanwha Life Esports pour la saison 2026. L’organisation a officialisé son arrivée pendant l’intersaison, dans une équipe reconstruite autour de Zeus, Zeka, Delight et du recrutement de Kanavi, avec l’objectif de se replacer durablement dans le haut de la LCK. LIFEPLUS TV l’a suivi au Camp One, son nouveau cadre de vie et de travail. L’entretien pose rapidement une ligne directrice qui revient tout au long de la discussion : la performance ne se résume pas à la mécanique. Gumayusi parle d’habitudes, de confiance, de pression, de périodes compliquées et de ce qu’il a mis en place pour rester stable quand les matchs se jouent sur une décision.

Un nouveau cadre chez HLE

Sur ses premières semaines chez Hanwha Life Esports, Gumayusi situe les choses précisément : environ un mois depuis son arrivée, avec une période de vacances, puis un retour récent. Son constat porte sur le concret : les conditions de vie, l’organisation, et la sensation d’être rapidement “en place”. Il résume son adaptation en expliquant que « honnêtement, l’environnement est encore meilleur que ce que j’imaginais. La nourriture est bonne, les dortoirs sont spacieux, et tous mes coéquipiers ont l’air d’être de très bons joueurs, donc je m’installe bien. » La discussion insiste sur les repas, devenus un marqueur de l’environnement HLE. Là encore, Gumayusi ne cherche pas l’effet : il décrit ce qui l’a surpris dans la routine, et ce qui change son rapport au quotidien de joueur.

Il ajoute un détail sur la manière dont le club encadre même les périodes de régime : « j’ai commencé un régime récemment aussi, et ils ont très bien préparé les repas diet, donc je suis très satisfait. » Puis il conclut avec une remarque plus légère sur l’ambiance interne, en expliquant que « je mange en général assez bien. Le staff aime vraiment les joueurs qui mangent bien, donc je reçois beaucoup d’affection. »

La confiance comme levier

Le cœur de l’interview arrive quand la discussion bascule sur ce qui pousse Gumayusi à jouer vers l’avant, à accepter des situations risquées, et à imposer un rapport de force. Sa réponse se structure en trois étages : une confiance issue du niveau, une lecture du match par la dynamique, et une forme d’auto-conditionnement. Il l’explique en disant que « à la base, ça vient d’une confiance liée au niveau. Ensuite, il y a cette croyance que “la victoire, c’est une question de dynamique”. On ne peut pas laisser la dynamique retomber. Et il y a aussi une forme d’auto-hypnose. En me disant “je peux vous battre tous”, je construis ma confiance comme ça. »

Quand on lui demande si cette logique se vérifie réellement, il généralise : « honnêtement, ça s’applique à chaque match. Quand je manque de confiance, les matchs ne se passent pas bien. Quand je suis confiant, ils se passent bien. C’est important dans chaque partie. » Et il prolonge au-delà de la compétition, en expliquant que « même en dehors des matchs, si je ne crois pas que je peux faire quelque chose, ça devient très difficile de l’accomplir. » Interrogé sur certaines séquences qui ont marqué le public, Gumayusi met moins l’accent sur la “prise de décision géniale” que sur l’enchaînement naturel des choses en match, quand la lecture est claire et que le corps suit.

Sur un moment à très haut risque, il replace d’abord le contexte d’un adversaire attendu, puis décrit une réaction immédiate : « JDG était une super team en 2023, qui avait gagné beaucoup de titres, donc le match était très tendu. Et puis cette situation dangereuse est arrivée, et je pense que j’ai juste bougé par instinct. Sans trop réfléchir, je me suis juste dit “je vais frapper ce qui est juste devant moi”. Quand je revois l’action, je trouve que je l’ai vraiment bien jouée, donc c’est un moment satisfaisant pour moi. »

À la question de savoir quand le rôle d’ADC ressort le plus, il répond en décrivant une fonction, plus qu’un style : « l’ADC donne souvent l’impression d’être la dernière ligne de défense de l’équipe. Des moments comme celui dont on vient de parler, ou quand je sauve l’équipe d’une crise à la toute fin, ou quand je survis jusqu’au dernier moment dans un teamfight, c’est là que l’ADC ressort vraiment. » Sur les matchs où la pression monte, notamment les Game 5, son explication repose surtout sur l’habitude, et sur ce que l’expérience change dans la perception du risque.

Il raconte que « je pense que ça vient beaucoup de l’expérience. J’ai joué tellement de Game 5 que ça m’a semblé familier. C’était aussi Worlds, et l’adversaire était une équipe LPL qu’on avait battue de nombreuses fois avant, donc j’avais confiance en entrant, et ça m’a aidé à jouer plus confortablement. » Il évoque aussi une séquence où tout se joue sur un détail, en expliquant que « survivre avec quasiment 1 HP en kiting, c’était intense, surtout parce que le match pouvait se décider là-dessus. » Et il reconnaît un moment plus difficile plus tôt, avant de décrire un rééquilibrage progressif : « plus tôt, je me suis fait attraper par un gank et je suis mort, ça m’a un peu secoué. Mais au fur et à mesure, j’ai retrouvé du calme, et on a fini par gagner. »

Une année 2025 charnière

L’entretien revient ensuite sur la finale des Worlds 2025, avec un double résultat : le titre, et le trophée de MVP de finale. Gumayusi insiste surtout sur la charge de l’année, et sur le fait que cette conclusion n’était pas vécue comme attendue. Il résume son ressenti en expliquant que « rien que gagner ce match, avec le triplé mondial en jeu, c’était vraiment intense. Et c’était une année très difficile, donc j’avais l’impression d’être récompensé pour tout ça. Honnêtement, je ne m’attendais pas à recevoir le MVP de finale, donc l’avoir en plus de tout le reste, ça a été comme la touche finale parfaite. J’ai eu l’impression que tout s’alignait parfaitement, et ce sentiment de satisfaction était énorme. »

Quand on lui demande quel moment il retient le plus, il revient sur le dernier match, et assume que la finale reste au-dessus du reste, simplement parce que tout s’y concentre. La discussion se déplace vers une notion souvent collée aux carrières dominantes : le prime. Gumayusi répond en dissociant stabilité et accomplissement, et en refusant l’idée qu’on puisse se déclarer “au maximum”. Il explique que « le prime, c’est souvent décrit comme le moment où on est au meilleur. Même si ma carrière est plus stable maintenant, je veux construire encore plus de résultats et montrer de meilleures performances. Donc je trouve ça difficile de dire que maintenant c’est mon prime. Je ne pense pas qu’il y aura un moment où je dirai “c’est mon prime”. » Puis il résume cette logique par une formule brève, répétée sans détour : « je ne serai pas satisfait. Je vais devenir meilleur. »

L’un des passages de l'interview concerne la période où il a été mis sur le banc au cours de la saison 2025, un épisode qui a fait parler, et qui aurait pu laisser une trace durable sur la confiance. Gumayusi reconnaît d’abord la réaction initiale, puis décrit les leviers activés pour reprendre la main. Il raconte que « au début, j’étais clairement confus et contrarié. Mais c’est arrivé parce que j’avais mes propres problèmes. Donc j’ai essayé d’identifier mes problèmes de manière objective, et de travailler à les améliorer. Pour les difficultés psychologiques, je me suis appuyé sur ma famille, et j’ai aussi cherché un accompagnement, en essayant de renforcer mon mental. »

Routines et principes de carrière

À la question des routines concrètes, Gumayusi reste sur des outils basiques, faciles à répéter, et adaptés aux jours où la tension monte. Son discours ne cherche pas la méthode miracle : il parle d’actions simples qui stabilisent. Il explique que « je pense qu’avoir un corps et un esprit sains, c’est important. Les jours de match, je vais courir le matin pour me vider la tête, ou je médite pour retrouver du calme. Pendant les matchs, je me concentre aussi sur la respiration profonde. » Et il précise sa fréquence : « je médite surtout les jours importants. Les jours normaux, je me concentre plutôt sur la respiration. » Sur le déclencheur, il est très clair : « quand je sens que mon cœur s’accélère, ou que je deviens nerveux, c’est là que je me concentre sur la respiration. »

L’entretien évoque aussi son rapport à l’entraînement physique. Gumayusi explique qu’il s’entraîne régulièrement, et détaille une préférence : « je m’entraîne de façon régulière. Je fais surtout de la musculation, et j’ajoute aussi de la course. » Un autre axe important porte sur la manière de gérer l’après-victoire, quand l’euphorie retombe et que la routine revient. Gumayusi décrit une prise de conscience née précisément du contraste entre l’instant du titre et le quotidien.

Il raconte que « chaque étape de ma vie de joueur pro m’a aidé à grandir et à solidifier mes valeurs. Pour ajouter du contexte, j’ai réalisé à quel point c’était important d’apprécier le processus. Après mon premier titre, j’ai accompli quelque chose d’incroyable, mais l’année suivante, j’étais de retour dans la même routine. C’est là que cet état d’esprit s’est vraiment installé. » Il décrit ensuite la mécanique de redescente : « gagner donne un moment de bonheur très fort, et ensuite tu reviens à la vie quotidienne et à l’entraînement. Après mon premier titre, je me suis dit “c’est fini”, “j’ai réussi”, et j’imaginais un bonheur sans fin. Mais la réalité n’est pas comme ça. ». Il rajoute que « me challenger et apprécier le processus, c’est probablement mes objectifs de vie. Profiter de chaque journée et trouver de petits bonheurs au quotidien, c’est ce qui me paraît le mieux. » Sur la longévité, Gumayusi admet la fatigue de la répétition, puis cite des ressorts simples : l’attachement au jeu, le soutien du public, et un effort conscient pour ne pas transformer l’année entière en bloc écrasant.

Il explique que « on me pose souvent la question parce que je suis dans ma cinquième année en tant que pro. Parfois, la répétition peut fatiguer. Mais réalistement, d’abord, j’aime vraiment le jeu. Je pense que ça devient une grande force. Ensuite, je gagne de la motivation grâce aux gens qui me soutiennent. Et troisièmement, j’essaie d’apprécier chaque journée. Au lieu de penser “je dois refaire ça toute l’année”, je me dis “essayons d’apprécier aujourd’hui un peu plus”. » Il résume ensuite l’équilibre qu’il cherche : « je travaille dur, mais je pense qu’il faut aussi un certain niveau de bonheur pour tenir longtemps. »

Quand l’entretien aborde la coopération, Gumayusi ramène tout à un mot qui conditionne le reste. Son idée est qu’une équipe fonctionne quand chacun peut s’engager sans hésitation, parce qu’il sait ce que l’autre fera. Il explique que « dans le travail d’équipe, le mot le plus important pour moi, c’est la confiance. Il faut croire que “si je fais ce play, mon coéquipier fera cet autre play”, pour pouvoir y aller sans hésiter. Et il faut croire que “si je fais autant, mon coéquipier fera autant”, pour que de bonnes actions sortent. Se faire confiance, c’est le plus important. »

Quand on lui demande si cette confiance a déjà vacillé, il ne nie pas la réalité des périodes plus instables, mais insiste sur une croyance qui tient même quand l’équipe traverse une phase difficile : « on peut dire que ça vacille parfois, mais même dans les périodes compliquées, il y a toujours cette idée qu’“ils réussiront à nouveau un jour”. Et à cause de ça, je pense qu’on a toujours fini par obtenir de bons résultats. »