Nous vous avions parlé de la Megadrive il y a quelques temps, le plus grand succès de SEGA sur le marché des consoles. Au sein de ce dossier, nous avions tenté d'analyser quelles ont été les raisons qui ont entamé son déclin. C'est justemenent sur l'une d'entre elles que nous allons nous attarder aujourd'hui puisque vous avez été nombreux à la plébisciter.

 

En effet, la Super Nintendo est pour beaucoup la machine qui nous a "défloré" du monde des jeux vidéo. Une première fois, ça ne s'oublie jamais, surtout dans un tel domaine. C'est avec émotion que l'on a tous, un jour, appris à découvrir et à aimer ce vaste univers vidéoludique. Il n'y a d'ailleurs pas que nous qui sommes nostalgiques de cette génération tout en pixels. Certaines maisons doivent beaucoup à la SNES tant elle a permis de les faire connaître au grand public. Qu'aurait été Capcom ou Square sans la machine de Big N ? Pas ce que l'on connaît aujourd'hui, c'est certain.

 

 

Travail graphique : zqL

 

Le contexte

 

Depuis 1983, Nintendo se repose sur ses lauriers grâce à la NES (ci-contre), vendue au total à 62 millions d'exemplaires et écrasant ainsi toute concurrence. La Master System qui verra le jour deux ans plus tard ne connaîtra pas un tel succès malgré des caractéristiques plus avancées. SEGA décide alors de passer à la vitesse supérieur et commercialise en octobre 1988 la Megadrive. Celle-ci mettra un certain temps à dépasser les ventes périodiques de la NES. Lorsque cet objectif est atteint, Nintendo est pris de cours et se lance dans la construction d'une nouvelle machine.

 

Deux ans séparent le lancement de la Genesis et de la Super Famicom (le nom de code japonais de la Super Nintendo, sur votre droite). En 24 mois, les joueurs ont pu constater le fossé technologique qui s'était creusé entre la Nintendo Entertainment System et la nouvelle console de SEGA. Big N se devait de réagir et entreprend donc de réunir ses meilleurs ingénieurs autour d'un nouveau projet. Un projet qui restera d'ailleurs secret tout au long de

son développement, seule la date de sortie étant lâchée par la firme nippone.

 

C'est après plusieurs mois de spéculations et de rumeurs que la SNES voit enfin le jour au pays du Soleil Levant. Le 21 novembre 1990 restera une date gravée dans la mémoire du constructeur puisque 300 000 unités se sont alors vendues en l'espace de quelques heures. Ce succès foudroyant arrive même jusqu'aux oreilles du gouvernement nippon. En effet, à l'instar de la sortie d'un Final Fantasy, l'arrivée de la Super Famicom est aussi l'occasion pour les joueurs de prendre quelques jours de congés pour pouvoir profiter de leur nouveau joujou. L'état de l'archipel réclame alors aux développeurs de commercialiser leur nouvelle machine en fin de semaine, ce qui tend à souligner l'impact de la Super Nintendo dès son lancement.

 

La première guerre des consoles

 

Ce terme a souvent été employé au cours du dernier lustre pour décrire la rivalité entre les consoles de septième génération (XBox 360, Wii, PlayStation 3). Or, il ne date pas d'aujourd'hui, et loin de là même puisque à l'époque de la SNES, celle-ci était en concurrence directe avec la machine de SEGA. Installée sur le territoire depuis 1988 déjà, la Genesis peinait à s'imposer au sein des salons japonais. C'est en Europe, continent boudé par Nintendo, que la Megadrive fait l'unanimité. Il est donc logique que la Super Famicom ait été autant plébiscitée au Japon puisque c'est là-bas que la société au grand N avait misé plus que tout.

 

Paradoxalement, le catalogue de jeux de la SNES au moment de son arrivée s'est avéré très pauvre. Seulement deux titres étaient disponibles ! Seulement, quantité ne rime pas forcément avec qualité et Nintendo l'a bien compris : F-Zero et Super Mario World sont deux softs inoubliables qui à eux seuls sont parvenus à satisfaire les acheteurs de la console. Ce dernier était sans doute le plus attendu. Une licence déjà culte avec comme personnage principal la mascotte de la firme. Une recette simple, qui avec l'ajout du dinosaure Yoshi ne pouvait que fonctionner.

 

 

Revenons plus en détails sur F-Zero (vidéo ci-dessous), jeu de course futuriste qui a rapidement fait sensation. Il était le premier à utiliser le fameux mode 7, un style graphique qui, à base de rotation et de zoom d'arrière-plan permettait de créer une sensation de vitesse et de pseudo 3D. Rien de mieux qu'une petite révolution vidéoludique pour bien se faire remarquer lors d'une première apparition. Aux USA, un peu plus de titres accompagnent la sortie de la console en août 91. C'est la cas de SimCity et de Gradius III tandis que l'Europe voit débarquer en avril 92 Super R-Type, Super Tennis et Super Soccer. C'est super tout ça non ?

 

 

Trêve de plaisanteries, parlons de Nintendo face à SEGA. Parce qu'à l'époque, la campagne publicitaire du papa de Sonic n'hésitait pas à s'en prendre directement à la SNES. Résultat, elle est accusée d'être moins adulte que la Megadrive, d'être moins "cool". On se souviendra notamment de Mortal Kombat non censuré sur cette dernière contrairement à son adaptation Super Famicom. En outre, son prix est inférieur à celle-ci et son catalogue de jeux est plus large. On aurait alors pu penser que la Genesis allait prendre le dessus, que nenni puisque les deux machines sont au coude à coude en 1992.

 

Des licences indomptables

 

Nous vous l'avons dit en introduction, la Super Nintendo a permis à de nombreuses séries de décoller et par conséquent de se dévoiler au grand public. Si 5 volets étaient déjà sortis jusqu'à présent, c'est surtout Final Fantasy VI qui aura fait connaître Square. Bien sûr, FF était déjà apprécié par les nippons, mais c'est ce titre (qui était seulement le troisième volume en Amérique du Nord) qui a été le tremplin d'une notoriété mondiale. Ce qui a profité directement à la SNES qui voit alors sa côte de popularité grimper en flèche.

 


En outre, qui dit Super Famicom dit aussi Street Fighter II : the World Warrior. Alors que le jeu était disponible uniquement sur borne arcade, son succès lui donne le droit à un portage sur SNES. Le jeu de combat est une vraie révolution. Jamais le genre n'a été si jouissif, les joueurs les plus anciens se souviendront sûrement de leur réaction tonitruante lorsqu'ils sont arrivés pour la première fois à sortir un "Hadoken".

 

"Tiger Uppercut !"

 

Rapidement, SFII s'impose comme étant un "killer game", un soft qui à lui seul peut vous faire acheter une console. Son prix est incroyable : plus de 100€ à l'époque en grande-surface. Les cartouches se vendant comme des petits pains, Capcom décide de sortir plusieurs éditions de la même licence, ajoutant souvent de nouveaux personnages, de nouvelles options comme le mode Turbo et des modes inédits. Une habitude que la société ne perdra pas, en témoigne la prochaine sortie de Super Street Fighter IV.

 

Nintendo peut aussi compter sur ses propres jeux pour faire se faire de l'argent et concurrencer la Megadrive. The Legend of Zelda fait ainsi son grand retour avec A Link to the Past. Environ 4.6 millions d'unités sont écoulées, une excellente performance dans les années 90. Super Metroid (vidéo ci-dessous) fait aussi sensation. Ce jeu d'action s'impose vite comme étant une vraie bombe. C'est beau, c'est jouable et c'est rapide. La critique s'en donne à coeur joie pour des éloges méritées : en 2007, IGN le positionne même septième dans un classement des meilleurs jeux de tout les temps. Enfin, des exclusivités participent aussi à la renommée de la machine. On retiendra notamment Star Fox, Secret of Mana, Super Castlevania ou encore Pilotwings.



Si SEGA s'est efforcé de se trouver une mascotte, c'était surtout pour faire face au plombier moustachu qui s'était déjà imposé comme le personnage de jeux vidéo le plus célèbre de l'époque. Nintendo a d'ailleurs misé à de nombreuses reprises sur cette célébrité en exploitant plusieurs fois Mario. On a donc eu le droit à des compilations, un jeu de kart et même un RPG. Après Super Mario World, un deuxième volet voit le jour plus tard mettant en scène Yoshi en personnage principal et bébé Mario.

 

Comme d'habitude, c'est Link qui se tape le sale boulot


Le but de la firme est simple : en août 1994, date de sortie de Yoshi's Island, l'ombre de la PlayStation et de "l'ère 32 bits" planait déjà sur l'univers des jeux vidéo. Big N entend bien poursuivre sa route du succès en mettant en avant des titres censés fidéliser les joueurs. La guerre des consoles n'est pas finie, et même si Sony s'apprête à chambouler son petit monde, Nintendo ne lâche rien.

 

Vainqueur par K.O

 

Mais avant d'aller plus loin, parlons des raisons de la victoire de la SNES sur la Megadrive. Si les deux consoles étaient à égalité au niveau des parts de marché en 1992, Nintendo parvient à prendre le large dans les mois qui suivent. La console de la firme est en effet plus performante. Elle affiche jusqu'à 4096 couleurs au maximum à l'écran contre seulement 64 sur la Megadrive ! La qualité sonore est aussi bien meilleure sur la Super Famicom. Seul le processeur est plus puissant sur la Genesis, mais ça ne suffit pas à faire oublier ses défauts.

 

De surcroît, le pad de la SNES surpasse celui de la Megadrive. Deux boutons sont ajoutés pour former un losange, chacun d'une couleur différente créant ainsi le logo de la console. L et R sont aussi introduits, permettant encore plus de mouvements et d'actions au sein des jeux. En plus d'être esthétique, la manette est ergonomique et légère.

 

 

Malgré un panel de titres plus consistant, la Megadrive se fait finalement dépasser. Les choix de SEGA en matière d'évolution de sa machine le mènent à sa propre perte. Nintendo remporte la bataille des consoles 16-bits et vend un total de 49 millions d'exemplaires contre 40 millions pour la SEGA Genesis. Néanmoins, elle ne fait pas mieux que son aînée, celle-ci ayant trouvé pratiquemment 62 millions de preneurs.

 

Jaquette de Super Mario Kart

 

Ce qui est étonnant, c'est la longévité de la Super Nintendo. Alors que la PlayStation déboule avec son support CD-Rom inédit, la machine aux multiples appellations est toujours en vie. Plus que ça même, elle ne dit pas son dernier mot et continue à voir débarquer des titres exploitant au maximum ses capacités. Donkey Kong Country en est la preuve avec sa plastique lisse et colorée et son gameplay efficace. La SNES a encore de beaux jours devant elle et est produite jusqu'en 1999 en Amérique du Nord et en 2003 au Japon. Imaginez, alors que les nippons découvrent la PS2, Nintendo continue à commercialiser des Super Famicom.

 

Ce constat démontre la trace impérissable qu'a laissé la console dans l'esprit de milliers de joueurs du monde entier. Pour beaucoup, la Megadrive aura été une grande console, mais la Super Nintendo l'aura été encore plus. Sa prise en main simple, ses graphismes et ses musiques de qualité, son univers de pixels et son charisme certain ne peuvent laisser indifférent. Aujourd'hui encore, nombre de ses titres sont jouables sur console virtuelle. C'est aussi l'une des consoles les plus populaires dans le monde de l'émulation. Sans aucun doute, la bête est l'une des plus grandes fierté de sa maison mère. Une personne qui se fait appeler "gamer" se doit d'avoir tenté l'expérience Super Famicom au moins une fois dans sa vie.